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Souccot, la fête des cabanes : le texte
— Il y a une fête où on a l'ordre d'être heureux.
— L'ordre ? On est obligés d'être contents ?
— Obligés, c'est écrit. Et pour ça, il faut construire quelque chose. Mais avant, d'où ça vient ?
L'Égypte, il y a plus de 3000 ans. Un peuple entier esclave : des briques, des coups, jamais de repos. Et une nuit, Dieu les fait sortir, tous. Libres !
Libres, mais devant eux, le désert. Pas une seule maison.
— Ils dorment où ?
— Dans des cabanes : des branches, des toiles, trois bouts de bois. Pendant 40 ans.
— 40 ans dans une cabane ?
— 40 ans. Et pourtant, il ne leur a jamais rien manqué. Tu veux savoir comment ?
Le jour, une immense colonne de nuée marchait devant eux pour montrer le chemin. La nuit, elle devenait une colonne de feu pour éclairer et réchauffer le camp. Une colonne de feu, que Dieu lui-même faisait avancer.
Et chaque matin, sur le sol, du pain tombé pendant la nuit, blanc, au goût de miel. Tous les matins, pendant 40 ans.
Alors Dieu leur a dit : « Chaque année, à l'automne, vous construirez une cabane. Vous y habiterez sept jours, pour que vos enfants sachent que c'est moi qui vous ai gardés dans le désert. »
— Et ça s'appelle Souccot ?
— Souccot, la fête des cabanes. Écoute !
Souccot, la fête des cabanes,
Trois murs, un toit, et les étoiles qui brillent.
Souccot, on chante, on invite,
Merci pour tout, merci pour cette vie.
— Comment on la construit ?
— Trois murs : des planches, des draps, ce qu'on a. Un, deux, trois. Ensuite, le toit avec des branches. Mais attention, pas trop de branches : la nuit, allongé dedans, tu dois pouvoir voir les étoiles à travers le toit. Et dedans, des guirlandes, des fruits, des dessins. On y mange, on y chante, certains y dorment.
Et il y a un geste chaque jour de la fête : on prend une branche de palmier, du myrte, du saule et un cédrat, un gros citron jaune tout bosselé, et on les agite dans toutes les directions : devant, derrière, à droite, à gauche, en haut, en bas. Pour dire que Dieu est partout : là où tu vas, il est déjà là.
Et chaque soir, dans la cabane, on invite quelqu'un : un voisin, un ami, quelqu'un qui est seul. Une cabane, ça ne sert à rien si on n'y fait entrer personne.
Elle est fragile, la cabane. Le vent la secoue. Elle n'a pas de vraie porte. Et pourtant, on est heureux. Tu sais pourquoi ? Parce qu'on n'a pas besoin de beaucoup : un toit troué, des gens qu'on aime, le ciel au-dessus.
Et toi, ce soir, tu construis ta cabane : des chaises, des couvertures, c'est tout. Tu y manges, et tu y fais entrer quelqu'un.